Le cas pratique du concours des IRA (G-ISP) : méthodologie complète de l'épreuve

Le cas pratique est l'épreuve reine de l'admissibilité du concours des IRA — devenus instituts du service public (G-ISP). Quatre heures, un dossier d'une trentaine de pages, une note argumentée et deux annexes à produire : l'exercice ne teste pas vos connaissances académiques, mais votre capacité à agir en futur cadre A. Voici la méthode complète, étape par étape.

Ce qu'attend réellement le jury

L'épreuve, définie par l'arrêté du 28 mars 2019 modifié, place le candidat dans une situation professionnelle : vous êtes attaché, chargé de mission ou chef de bureau, et un supérieur hiérarchique vous commande une note. Cette note vise « notamment à introduire les propositions de solution pratique du candidat », propositions qui « prennent la forme de documents annexes opérationnels ».

Le mot-clé est opérationnel. Le jury n'attend pas une dissertation, mais des livrables : une note qu'un supérieur pressé peut lire en trois minutes, et des annexes qu'il pourrait utiliser telles quelles dès le lendemain.

La réforme applicable à la session 2027 (arrêté du 24 avril 2026) n'a pas touché à cette épreuve : elle a ajouté une seconde épreuve écrite (QCM et QRC, coefficient 3) sans modifier le cas pratique, qui conserve son coefficient 5. Il reste donc l'épreuve la plus lourde de l'admissibilité — et celle où la méthode fait la différence.

Étape 1 — Analyser la commande avant d'ouvrir le dossier (15 minutes)

L'erreur classique consiste à se jeter sur les documents. Or tout se joue dans la page de garde et la mise en situation. Avant toute lecture, posez au brouillon cinq éléments :

Le commanditaire : qui demande la note ? Un préfet, un recteur, un directeur d'administration centrale ? C'est lui qui détermine le ton et le niveau de détail attendu.

L'émetteur : qui êtes-vous dans la simulation ? Votre positionnement (attaché, chargé de mission, chef de bureau) conditionne votre posture et votre légitimité à proposer.

Le destinataire : c'est souvent le commanditaire lui-même, mais pas toujours. La suscription de votre note doit le désigner sans ambiguïté : « Note à l'attention de Monsieur le Préfet de… ». Et si la mise en situation vous place à distance hiérarchique du destinataire, la note transite par la voie hiérarchique : c'est la mention « s/c » (sous couvert). Une note d'un chargé de mission au président d'un EPCI, par exemple, pourra porter « s/c de la voie hiérarchique ». Ce réflexe, présent dans les copies types diffusées par la DGAFP, signale au correcteur que vous maîtrisez les circuits administratifs.

Le contexte : urgence, crise médiatique, réforme à mettre en œuvre ? Il colore l'ensemble de la note.

La commande proprement dite, enfin : que devez-vous produire, et quelles annexes le sujet vous propose-t-il ? La liste des annexes fait partie de l'énoncé — elle est votre feuille de route.

Étape 2 — Trier le dossier sans le lire (10 minutes)

Un dossier de cas pratique n'est pas fait pour être lu intégralement. Feuilletez chaque document — titre, source, date, chapeau — et classez-les en trois familles : les documents de cadrage (lois, décrets, circulaires), qui fixent la règle ; les documents de constat (rapports, articles de presse), qui exposent le problème ; les documents de solutions (bonnes pratiques, fiches techniques), qui alimenteront vos propositions. Un ou deux documents sont parfois datés ou périphériques : identifiez-les et laissez-les de côté.

Étape 3 — Lire activement avec deux feuilles de brouillon (1 h 15)

La lecture se fait crayon en main, sur deux feuilles seulement : une feuille « constats et enjeux », une feuille « propositions ». Chaque idée notée est suivie du numéro du document dont elle provient, pour retrouver un chiffre ou une référence au moment de rédiger. Commencez par les documents les plus accessibles (presse, rapports) et terminez par les textes juridiques : vous les lirez mieux en connaissant déjà le problème.

Étape 4 — Construire un plan binaire et parlant (20 minutes)

Le plan attendu est presque toujours en deux parties, deux sous-parties : un diagnostic (le cadre juridique et factuel, les difficultés) puis une stratégie (les axes d'intervention, les modalités de mise en œuvre — calendrier, pilotage, communication). Les titres doivent être des phrases nominales qui portent une idée : « La mise en place d'un plan de formation pour accompagner le changement » vaut infiniment mieux que « Les solutions ».

Étape 5 — Rédiger la note et les annexes (1 h 50)

On rédige directement au propre, introduction exceptée si nécessaire. Le formalisme d'en-tête n'est pas décoratif : timbre en haut à gauche, lieu et date à droite, suscription complète (avec le s/c le cas échéant), objet précis, références aux textes majeurs, et annonce des pièces jointes — vos deux annexes, désignées par leur numéro.

L'introduction tient en cinq à huit lignes : une accroche qui rappelle le contexte et la commande, une problématique, une annonce de plan. Le développement fait apparaître les titres, saute une ligne entre les parties, et s'écrit en phrases courtes, sans « je » ni « on ». Pas de conclusion : la note s'achève sur la dernière proposition.

Le cœur de la valeur ajoutée se situe dans la partie propositions. Pour chacune, soyez complet : qui fait, quoi, comment, quand, avec quels moyens. Si le dossier fournit des coûts ou des effectifs, utilisez-les.

Les annexes : le vrai juge de paix

Les annexes ne sont pas un supplément. Les jurys sont explicites : leur absence « pénalise fortement l'évaluation », et une annexe purement descriptive — une liste d'idées, une cartographie simpliste — est jugée non opérationnelle. Trois exigences les gouvernent.

Le choix est stratégique. Parmi la liste proposée par le sujet (projet de courrier, fiche de procédure, rétroplanning, communiqué de presse, courriel, organigramme, tableau de suivi…), retenez les deux annexes qui prolongent vos propositions majeures — pas les plus faciles à produire. Une annexe déconnectée de la note est un défaut rédhibitoire.

Chaque annexe est un livrable autonome. Une à deux pages, sur une page distincte, avec un titre explicite (« Annexe 1 : projet de courrier aux maires relatif à… »), compréhensible sans la note, sigles développés, présentation sobre et sans couleur. Un projet de courrier doit être complet — timbre, objet, formule d'appel, corps, signature impersonnelle ; une fiche de procédure doit dérouler des étapes numérotées avec des verbes d'action.

L'articulation avec la note est explicite. Chaque annexe est annoncée dans la partie propositions par une formule de renvoi claire : « Afin de formaliser cette démarche, un projet de courrier a été élaboré (voir Annexe 1) ». Le correcteur doit circuler sans effort entre la préconisation et l'outil qui la concrétise.

Réservez 45 minutes à une heure à leur conception : des annexes bâclées en fin d'épreuve coûtent plus cher que dix lignes de développement en moins.

Étape 6 — Relire (10 minutes)

Dix minutes sanctuarisées. L'orthographe est un critère éliminatoire tacite — « des copies difficiles à lire sont inévitablement pénalisées » — et c'est aussi le moment de vérifier que toute la commande a été traitée, annexes comprises.

Comment s'entraîner efficacement

La méthode ne s'acquiert qu'en conditions réelles : quatre heures, un dossier complet, une note et deux annexes rédigées de bout en bout. Trois ressources gratuites pour commencer : les copies types et annexes types diffusées par la DGAFP lors de la réforme de 2020, les meilleures copies publiées par les instituts et les annales des sessions récentes (voir notre article sur les annales du concours des IRA).

Pour aller plus loin, Sillage propose des dossiers d'entraînement complets au format concours — trente pages, sept documents, sujet avec choix d'annexes — accompagnés d'un corrigé détaillé qui déroule toute la méthode exposée ici : analyse de la commande, exploitation du dossier, note rédigée et annexes opérationnelles commentées. C'est l'outil le plus direct pour transformer cette méthodologie en réflexes le jour de l'épreuve. Découvrir les dossiers d'entraînement Sillage.

Vous préférez en parler de vive voix ? En 20 minutes, faisons le point sur votre préparation et vos axes de travail.

Vous n'en êtes pas encore là ? Le kit de démarrage est gratuit : le programme du QCM décodé et un autotest de 50 questions corrigées, pour situer votre niveau avant de choisir par où commencer.

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